En route pour la qualification!

415 miles

62h et 17 mn

6.7 noeuds de moyenne

Et nous voilà probablement* qualifiés pour la Cap Martinique, au terme d'un parcours qui restera dans nos mémoires !

Lundi 3 mai 9h30 nous larguons les amarres du port de la Trinité sur Mer sous l'oeil amusé des quelques passants du matin sur le môle Caradec qui voient passer notre bateau préparé en mode course au large alors que le temps est davantage à faire des ronds dans l'eau au soleil de la baie de Quiberon. Mais nous n'avons pas bien dormi tous les deux la nuit dernière, stressés malgré nous par ce qui est notre première traversée sérieuse au delà des cotes bretonnes. Alexis a déjà traversé une fois le golfe de Gascogne il y a plusieurs années et en conserve un souvenir épique, il sait à quoi s'attendre. De mon coté je bénéficie de l'insouciance de la première fois.

 

les prévisions sont très bonnes pour nous : un vent de Nord Ouest qui doit tourner Nord Est dans la nuit voir même basculer a nouveau Sud Ouest vers la fin de parcours que nous avons anticipé au jeudi 4 mai, avec une intensité très raisonnable de 16 noeuds établis. C'est donc optimistes que nous hissons le grand spi à la sortie du chenal de la Trinité direction Hoedic pour atteindre l'océan au plus vite.

Peine perdue, avec un vent très faible nous mettons deux bonnes heures à atteindre cette première étape, en essayant de chercher la pression là ou elle se trouve. l'avantage d'avoir mal dormi la nuit précédente nous permet de rentrer tout de suite dans le rythme 2h de quart/2h de sommeil que nous tiendrons assidument jusqu'au retour à Belle Ile.

Une fois passé Hoedic nous touchons enfin du vent et entamons une descente express vers le sud porté par un vent beaucoup plus fort que prévu, une houle formée qui nous permet de surfer sur les vagues sous spi, le graal en fait pour nous. Là ce sont vraiment les conditions que nous cherchons à travailler et que nous pensons rencontrer lors de notre traversée vers la Martinique. C'est aussi l'occasion de peaufiner les réglages du pilote automatique que nous parvenons à faire fonctionner quasiment tout du long. 

A 10 noeuds en moyenne nous déboulons sur les vagues, atteignant jusqu'à 14 noeuds sur certains surfs. le premier coucher de soleil est magnifique, on cuisine le diner dans des conditions de quasi croisière et on entame notre nuit accompagné par les dauphins, bref une image de carte postale.

Apres une première nuit sans encombre avec tout de même plusieurs changement de voile pour accompagner au mieux ce flux qui "prend de la droite" au fur et à mesure, nous coupons le 11e méridien vers 18h le mardi 2 mai. Entre temps la météo s'est stabilisée et le flux s'installe à l'Ouest (et n'en bougera plus) pour 25 noeuds établis. afin d'aller chercher le 45e parallèle sans partir trop à l'ouest, nous affalons enfin le spi et entamons un bord de bon plein de 35 miles. Là les conditions sont bien moins agréables mais nous pensons toujours pouvoir faire le retour au travers sous Code 0 (notre plus petite voile de portant). 5 heures plus tard nous coupons la parallèle et virons de bord pour entamer la remontée. mais le vent à légèrement tourné et nous nous retrouvons exactement à la même allure tribord amure.

Devant nous donc environ 200 milles jusqu'à la maison, au près bon plein, sur le même bord, dans un bateau gité au maximum, jouet de la houle qui s'est fortement creusée, dépassant parfois la hauteur du bateau.

Dans ces moment là, pas le choix il faut y aller, alors nous passons en mode automatique : 2 heures de "sommeil" calé au fond du bateau, 2h de veille assez éprouvante puisque rester à l'intérieur du bateau, c'est la nausée assurée (et de tout façon impossible de s'installer confortablement), rester dehors c'est l'assurance de se faire tremper par les paquets de mer qui s'abattent sur le pont.

On touche vraiment aux joies de la course au large, ambiance lessiveuse, bruit assourdissant du vent et des vagues. les déferlantes qui nous percutent sur le coté submergent le pont jusqu'à se déverser à l'intérieur du bateau. Plus rien n'est sec, plus rien de sèche, nous sommes en mode survie en "attendant que ca passe".

Ces charmantes conditions vont durer 30 heures jusqu'à la délivrance d'apercevoir Belle Ile. 30 heures sans croiser quasiment personne (à part une colombe qui on ne sait pas bien comment va atterrir sur le bateau au milieu de nulle part et rester la un bon moment), sans communication avec l'extérieur, rien d'autre que nous, le bateau, la mer et nos affaires que nous tentons de faire sécher en vain.

Une fois passé Belle Ile il nous reste encore quelques heures de navigation pour entrer dans la baie de Quiberon et stopper le chrono au passage du Trého à l'entrée du chenal de la trinité.

Notre arrivée est un peu surréaliste : nous sommes épuisés, nous venons d'abattre 415 miles en 62 heures, soit bien plus vite que nos prévisions, et la ville endormie se moque bien de notre petit exploit mais qu'importe, nous avons validé l'hypothèse la plus importante pour nous : 3800 miles? même pas peur.

 

Prochain rendez vous : l'Armen Race au week end de l'Ascension

 

*Nous attendons la réponse officielle de l'organisation de la course à l'heure ou j'écris ces lignes